Fabian CULOT explique pourquoi le groupe MR ne peut soutenir la réforme de la formation initiale des enseignants.
Cette réforme, c’est quoi ?
  • Allongement de la durée des études de 3 à 4 années pour les futurs instituteurs et enseignants en secondaire inférieur.
  • Obligation pour les hautes écoles et les universités d’organiser dorénavant l’ensemble des formations en commun, sur plusieurs sites, en offrant un programme revu associant théorie et pratique.
Une réforme nécessaire ?
  • Oui, il est indispensable de revoir la formation des enseignants. Le monde change et les attentes aussi. Les enseignants doivent être mieux armés pour faire face à ces nouveaux défis. Une meilleure formation devrait aussi conduire à une amélioration de la qualité de l’enseignement, sans réduire l’un à l’autre.
  • Non, car les choix posés par le texte soumis mécontentent les universités, les hautes écoles et les étudiants.
Pourquoi ne pas soutenir cette réforme ?
  • L’allongement de la durée des études devient un phénomène très inquiétant. Les masters conduisant au titre d’enseignant en secondaire supérieur sont d’abord passés de 4 à 5 ans suite au décret dit Bologne. Avec le décret paysage en 2013 et l’introduction des crédits, le parcours de l’étudiant a été individualisé certes, mais le résultat constaté aujourd’hui est l’étalement par les étudiants de leur parcours académique, prémices parfois à l’abandon ou à la perte de tout financement. Aujourd’hui, l’allongement des études imposé aux futurs enseignants va accroître encore la durée des études et les risques y afférents.
  • Pour les étudiants qui se destinent à enseigner dans le secondaire supérieur, il faudra dorénavant faire le choix d’une filière didactique dès le 1er bac, alors qu’aujourd’hui une filière classique pouvait y conduire sans fermer les portes à quoi que ce soit avant la fin des études (ex. : il faudra dorénavant faire le choix d’un master en enseignement en mathématiques des la 1ère année, ou faire le choix d’un master en mathématiques classique, n’ouvrant pas la porte à l’enseignement sauf à suivre une 6ème année de cours).
  • Le caractère finançable de la réforme : qui dit allongement des études dit revalorisation barémique, c’est normal. Mais alors il faut savoir comment financer celle-ci. Or, l’Inspection des finances de la FWB a indiqué au sujet de la réforme que “le caractère finançable de la réforme fait défaut”. Et pour cause: selon les évaluations, la réforme coûterait sur base annuelle lorsqu’elle visera la totalité des enseignants en fonction entre 340 millions et… 1,1 milliard d’euros, soit une majoration de 10% du budget actuel de la FWB, déjà en déficit et pourtant basé sur une enveloppe fermée.
La réforme entraîne bien d’autres questions encore. Mais les signaux d’alarme évoqués ci-dessus sont suffisamment graves et inquiétants pour justifier un vote négatif. Le MR souhaite que les enseignants puissent bénéficier d’une formation digne de leur fonction et à la hauteur des enjeux auxquels ils sont chaque jour confrontés. Le refinancement de l’enseignement supérieur est aussi appelé de nos vœux. Mais la réforme aujourd’hui présentée par le Ministre Marcourt n’apporte pas les apaisements souhaités et ne satisfait pas les grandes attentes qu’avait le secteur. Quant aux moyens à y consacrer, il ne suffit pas de reporter la question à plus tard. Si la FWB et son enseignement veulent préparer l’avenir de manière crédible, les réformes votées aujourd’hui ne peuvent faire porter aux citoyens de demain la responsabilité de trouver la solution pour les financer, alors que aujourd’hui la FWB continue à dépenser sans compter.